Essentiel en Russie

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2 février, 2015. Allocution du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov au début de la réunion avec un groupe de représentants de l’opposition et des autorités syriennes, Moscou, le 28 janvier 2015

лавров

Mesdames et Messieurs,

Tout d’abord, je suis ravi de vous accueillir tous dans notre pays. Vous vous êtes réunis pour des consultations intersyriennes à Moscou et votre venue montre la confiance que les Syriens éprouvent envers la Russie indépendamment de leurs opinions politiques.

Des liens historiques d’amitié et de coopération unissent nos pays. Nous souhaitons sincèrement conserver et renforcer ces traditions.

Nous sommes conscients que tous les Syriens traversent aujourd’hui une période difficile: des dizaines de milliers de vos concitoyens ont été tués, et le nombre de victimes ne cesse de croître. Des millions de personnes cherchent un refuge en dehors de la Syrie, pendant que des terroristes et des extrémistes en tout genre viennent des quatre coins du monde dans votre pays. Nous, vos sincères amis, sommes persuadés qu’après ces épreuves et malheurs la Syrie se réaffirmera comme un État uni, souverain, laïque et prospère, où tous les citoyens, tous les groupes ethniques et religieux se sentiront dans le confort et en sécurité, et leurs droits seront protégés.

Je sais que vous êtes tous d’avis que seule une solution politique peut permettre d’y parvenir. Seuls les Syriens peuvent déterminer les contours de cette solution et les moyens à mettre en œuvre.

Je pense que vous êtes conscients du danger d’imposer aux Syriens des solutions de l’extérieur reflétant des aspirations géopolitiques étrangères.

En Russie, vous êtes considérés comme des véritables patriotes, vos convictions sont

au-dessus des ambitions et profits personnels. Vous vous êtes réunis aujourd’hui pour tenter d’entamer une discussion difficile afin de décider comment rétablir ensemble la paix sur votre territoire. Nous sommes ravis d’avoir pu créer les conditions pour que ce travail ait lieu.

Passer de la confrontation au dialogue et au règlement de questions pertinentes de l’ordre du jour national demande d’importants efforts, notamment la volonté de faire des concessions mutuelles inévitables, de rechercher des compromis. C’est le seul moyen de sauver la Syrie et de vaincre les forces qui voudraient humilier la dignité de son peuple, diviser et saper l’unité du pays en ignorant les risques d’expansion de l’extrémisme et du terrorisme international dans la région.

Nous estimons que la prise de conscience, par les politiciens et les représentants de la société civile, de la nécessité d’unir leurs rangs pour lutter contre cette menace commune doit être la clé du recouvrement de l’unité du peuple syrien.

Je voudrais noter que l’union des efforts pour combattre le terrorisme a été identifiée comme une tâche prioritaire à la récente réunion au Caire de certains représentants de l’opposition. Je pense que personne ici aujourd’hui ne pense qu’il serait possible de régler tous les problèmes en quelques jours. Mais il faut commencer et au plus vite.

Comme je l’ai compris, au cours des discussions à Moscou ces derniers jours vous avez cherché à partir de la définition des approches qui vous unissent – l’unité, la souveraineté, l’indépendance de la Syrie, la laïcité de l’État, puis progressivement passer à l’examen des éléments concrets de la base de l’unité nationale.

Bien évidemment, cela demandera des négociations complexes pour convenir de mesures pratiques afin de renforcer la confiance entre le Gouvernement syrien, l’opposition politique, la société civile, l’expansion et le perfectionnement de la pratique des cessez-le-feu locaux, la levée des obstacles à l’aide humanitaire pour la population, la régularisation du statut de combattants qui ont déposé les armes, la libération des détenus qui ne sont pas impliqués dans des crimes terroristes.

La position de la Russie concernant la crise syrienne a toujours été cohérente. Nous avons toujours prôné le règlement du conflit par les Syriens eux-mêmes selon les principes du communiqué de Genève du 30 juin 2012, dont le principe fondamental est la nécessité d’une entente réciproque des parties syriennes à travers un dialogue national inclusif sans conditions préalables.

C’est à cela que nous voulons contribuer en vous offrant une tribune à Moscou pour entamer un dialogue inclusif.

Le communiqué de Genève se résume au fait que le processus de paix ne peut pas et ne doit pas être un jeu à somme nulle, tous les Syriens doivent en sortir vainqueurs. Nous sommes persuadés qu’une ingérence extérieure, que ce soit sous la forme d’actions de force ou de tentatives de diktat politique en utilisant des sanctions unilatérales, sape l’esprit et la lettre du communiqué de Genève.

Les efforts de la Russie pour contribuer au règlement de la crise syrienne sont parfaitement transparents. Nous sommes toujours disposés à la coopération dans le cadre des principes de la Charte de l’Onu, avec tous ceux qui souhaitent tout aussi sincèrement soutenir les efforts pour lancer le processus de paix politique. Ce dernier sera long, complexe et demandera des efforts supplémentaires pour parvenir à un format de dialogue réellement fructueux.

Tous les représentants de l’opposition invités à Moscou n’ont pas réussi à venir. Nous n’en faisons pas un grand problème et sommes convaincus que les efforts pour promouvoir le dialogue national se poursuivront.

Selon nous, les démarches entreprises par les autorités égyptiennes sont une «valeur ajoutée». Nous sommes en contact avec nos collègues égyptiens, échangeons des informations et tenons compte de nos avis respectifs. Nous saluerons tout effort d’autres États ou organisations visant à créer des conditions optimales pour un dialogue national inclusif qui permettraient aux Syriens eux-mêmes de trouver un terrain d’entente.

Nous pensons que la mission de l’Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la Syrie Staffan de Mistura a du potentiel, qui propose de nombreuses idées intéressantes demandant, évidemment, une concertation avec toutes les parties intéressées.

En cherchant à créer les conditions les plus favorables pour votre travail, nous avons demandé aux représentants de la communauté scientifique et du public russe de nous apporter leur aide pour organiser les discussions.

Je voudrais donc remercier le directeur de l’Institut d’études orientales affilié à l’Académie des sciences de Russie Vitali Naoumkine et les Ambassadeurs Veniamine Popov et Alexandre Aksenenok ici présents pour avoir passé ces quelques jours avec vous pour aider à entamer un dialogue intersyrien.

Ma présence dans cette partie de votre travail est appelée à souligner l’attention portée par le Gouvernement russe à la tâche de surmonter la crise syrienne. Nous continuerons à tout faire pour vous aider à assurer l’unité de votre peuple, tenir bon dans la lutte contre le terrorisme et construire un avenir prospère pour le peuple syrien amical.

Nous serions ravis si les contacts à Moscou vous aidaient à avancer avec davantage de confiance sur la longue et difficile voie de la normalisation.

Je vous souhaite de terminer avec succès les discussions d’aujourd’hui.

Je suis convaincu qu’à issue de la réunion vous exprimerez vos appréciations aux journalistes qui ne coïncideront probablement pas toujours. Notre tâche est de commencer à faire quelque chose de constructif, contrairement aux tentatives conflictuelles d’utiliser la situation syrienne à de mauvaises fins, qui n’ont rien à voir avec les intérêts de votre peuple.